Vue de Lorraine, Agen peut évoquer une petite ville ensoleillée sur les bords de Garonne et du canal du Midi où l’on trouve des sortes de mirabelles flétries et noires appelées « pruneaux ». Comme bien trop souvent lors de notre traversée de l’hexagone, notre arrivée par les coteaux des Pays d’Armagnac en surplomb des vergers du Lot et Garonne nous a réservé une vision souvent absente des représentations exotiques de ce coin du sud ouest : deux panaches de fumée blanche émergeant d’une vallée fluviale, une « usine à nuage » vivant d’uranium 235 et d’eau fraîche.

Ce sont donc logiquement des militant.es du collectif Stop Golfech qui nous accueillent (chaleureusement !) sur cette étape. Nous échangerons au sujet de cette lutte acharnée et finalement assez méconnue, contemporaine de celle de Plogoff mais qui n’a pas connu le même succès. Il semblerait que le « terroir » militant et le rapport de force politique local n’ait pas été aussi favorable, malgré un bel engagement jusqu’à la fin des années 80… On trouvera les analogies qu’on voudra avec les raisons du choix du site de Bure pour la poubelle nucléaire.

Vendredi midi. La place de la préfecture et du palais de Justice accueille sous le soleil notre partage de parole. Malgré la proximité de la centrale, employeur important dans la région, les échanges sont ici aussi assez critiques à l’égard de la France Nucléaire, y compris à demi-mots de la part de retraités d’EDF. « Ah c’est sûr, les déchets… ». Nous continuons nos échanges autour des denrées de choix amenées par les militant.es (chapeau le sud ouest !) en parlant de la pluie et du beau temps. En effet, les périodes d’étiage de la Garonne à qui incombe le refroidissement des deux réacteurs (sur quatre prévus initialement…) sont de plus en plus sévères, comme en bien d’autres endroits. Si le Nucléaire ne sauvera pas le Climat, le Climat ne sauvera certainement pas le Nucléaire.

Le soir nous nous retrouvons aux Montreurs d’images pour la projection du film « Fukushima, le couvercle du soleil », une ”fiction” traitant des jours ayant suivie la catastrophe de Fukushima, vue depuis la cellule de crise du premier ministre de l’époque Naoto Kan et basée sur une collecte de témoignages réels. Un échange avec Kolin Kobayashi, journaliste japonais, nous renseignera sur la situation de cette catastrophe toujours en cours, 8 ans après son déclenchement. Il fut difficile, quelques jours après la visite de la centrale côtière du Blayais à côté de laquelle un (petit) séisme s’est fait ressentir, provoqué par « une faille oubliée », de ne pas faire le parallèle glaçant avec la situation en France. Qui sait comment notre premier ministre actuel, ancien d’Areva, aurait réagi si il avait été à la place de son homologue japonais, devenu depuis anti-nucléaire. Espérons que notre république atomique n’ait pas besoin d’en arriver là pour songer par elle-même à arrêter les causes de notre possible autodestruction.

Samedi 30 mars. Nous nous retrouvons accompagnés de nos hôtes motivés dans le centre piétonnier et animé d’Agen pour un nouveau partage de parole. « Les Capteurs », groupe de rock antinuke infatigable, nous accompagnera de ses basses vigoureuses dans un espace heureusement assez vaste pour permettre la cohabitation des refrains engagés et des paroles glanées auprès des agenais.es déambulant sur la place Castex. Guidant nos portiques à brochure sur les pavés et les trottoirs jusqu’à la salle Picasso non loin, nous préparons ensuite la soirée consacrée à la lutte de Bure. Des partages d’expériences intéressants et la prise de contacts pour le réveil de plus en plus plausible du sud ouest anti-nucléaire (mais pas que) suivirent la projection. Le rendez-vous sera ensuite donné pour le lendemain devant Golfech.

Dimanche : la journée à Golfech est arrivée. Le Réseau Citoyen de mesure de la Radioactivité se retrouve non loin de là pour parler de sa démarche, de compteur Radex et des protocoles de mesure autour des centrales. Direction ensuite le rond-point de Golfech, village de moins de mille habitants où l’on trouve parait-il la seule piscine Olympique du département. Dans l’espoir peut-être de concurrencer la Hague ?

C’est donc sur la pelouse devant la centrale que nous nous retrouverons, sous le premier cagnard de l’année et, comme d’habitude, le regard rassurant de la Gendarmerie. Nouvelles prises de paroles, nouvelles bonnes résolutions militantes pour ouvrir la lutte antinucléaire à un nouveau public : notre étape s’achève dans une ambiance chaleureuse d’au revoir et de nouveaux liens indispensables tissés entre le Grand Est et ses antipodes.

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