Quittant le Pays Basque, notre camionnette chemine vers la ferme de nos hôtes Béarnais. La nostalgie de notre petite caravane se dissipe à mesure que notre véhicule parcourt avec une aisance nouvelle les petites routes des contreforts des Pyrénées, alors que résonne encore dans nos oreilles l’enthousiasme de ses nouveaux propriétaires Bayonnais.

Nous nous dirigeons en fin de journée vers Tarbes, où nous attendent sur le parvis de l’Hôtel de Ville des militants du Réseau sortir du Nucléaire 65 et de l’association Enfants de Tchernobyl Belarus qui nous ont invité à cette soirée. En installant notre matériel dans une salle municipale non loin de là, nous échangeons avec les quelques personnes présentes sur les difficultés à mobiliser dans la région, l’audience étant ce soir là clairsemée. Cette fois encore, la nécessité de réinventer une lutte anti-nucléaire autrefois fédératrice et ses structures semble manifeste, qui plus est dans une zone loin des installations de l’Atome. Cette soirée de prise de contact avec les mouvements locaux commence par une intervention de notre part sur la situation à Bure.

Elle se poursuit par la projection d’un film sur le travail de l’association Belrad, qui mesure les restes de radioactivité liés à Tchernobyl en Biélorussie, notamment dans les produits alimentaires agricoles et sauvages et auprès des enfants dans les écoles. Si la récurrence des accidents sur les centrales françaises et la catastrophe (toujours en cours!) de Fukushima occupe aujourd’hui davantage les esprits, on voit ici encore que la temporalité du nucléaire n’a que faire de l’actualité et que ses immondices sont encore là pour bien longtemps.

La soirée se poursuit de manière informelle dans un restaurant argentin tout proche où les échanges avec nos deux hôtes à la cuisine exotique et aux idées rafraîchissantes nous prouvent que le renouveau des collectifs peut surgir de n’importe où et sans qu’on s’y attende.

Comme dirait l’autre, pour relancer la lutte contre le Nucléaire et son monde, il suffit de traverser la rue !

Mardi. Après une matinée à réaménager notre camion et nos portiques d’infokiosque, nous partons visiter le village Emmaüs Lescar Pau à côté duquel la cabane des Gilets Jaunes fait face à l’A65 . Une soirée y est organisée pour la venue de François Ruffin et de son dernier film. Devant une audience nombreuse et semble-t-il conquise se sont succédées les images poignantes du réveil de la « France d’en bas » façon jaune réfléchissant et les commentaires du « député reporter » aux (faux?) airs d’aspirant candidat à la présidentielle. S’en sont suivis les témoignages multigénérationnels de celles et ceux qui découvrent le mépris de l’État et ses méthodes sur leur rond points ou le samedi après-midi au cœur des métropoles. On y entendra aussi, en présence de certains amis des étapes précédentes, les paroles de l’Abbé Pierre, à l’origine du lieu, qui disait déjà en son temps :

« Ceux qui ont pris tout le plat dans leur assiette, laissant les assiettes des autres vides, et qui ayant tout disent avec une bonne figure “Nous qui avons tout, nous sommes pour la paix !”, je sais ce que je dois leur crier à ceux-là : les premiers violents, les provocateurs, c’est vous ! »

Pour le 27, dernier jour de notre étape, nous retournons à Tarbes pour un partage de parole sur la place de la mairie, toujours sous un soleil radieux. Nous y retrouvons d’autres militants contre des grands projets locaux, preuve s’il en fallait que l’industrie, son béton et ses foreuses n’a que peu d’égards pour la splendeur des Pyrénées et de la quiétude sauvage de ses vallées : le franchissement ferroviaire des Pyrénées et le tunnel du Somport, les usines de Lacq. Les prises de position et les questionnements concernant le nucléaire des tarbais.es s’entremêlent avec les récits d’une opposition vigoureuse à ces gros chantiers locaux. « Comment intéresser à nouveau les gens à des luttes plus globales ? » L’idée de créer un comité de soutien hors des structures associatives fera peut-être ici aussi son chemin. Le soir venu, la projection de deux films sur Bure suivie d’un débat prolongera ces réflexions, alors que des discussions informelles autour du sujet des estives pyrénéennes nous rappellent que les paysages que nous traversons sont bien plus que les « axes », les « ressources » ou les « zones de faible densité» des discours des technocrates qui nous méprisent.

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