Quittant la centrale de Golfech en longeant la Garonne et la THT de 400 kilovolts, notre camionnette se dirige vers un des ogres énergétiques du Sud Ouest : la métropole toulousaine. La « ville rose », son cassoulet, son complexe militaro-industriel, ses Gilets jaunes et son explosion démographique et économique nous rappellent que les isotopes des réacteurs Tarn-et-Garonnais ne sont pas fissionnés sans raison.

Après nous être installés chez notre hôte et avoir rencontré quelques membres du comité de soutien à Bure, nous nous retrouvons pour une soirée d’échange à la Chapelle, une ancienne église transformée en squat puis conventionnée où se réunissent des militant.es de divers collectifs. Au programme ce soir : l’association de malfaiteur, un outil de répression politique visiblement aussi prisé par les « autorités » d’Occitanie que de Lorraine. Les témoignages de gilets jaunes et de proche de personnes incarcérées ou mises en examen confirmèrent la nécessité de rompre l’isolement face à l’Hydre répressif. Nous croiserons en partant des amie.es parti.es récupérer une fraction du gigantesque gaspillage alimentaire de la ville pour préparer notre prochaine soirée : il faut croire que certaines poubelles du capitalisme industriel valent mieux que d’autres.

Mercredi. Les giboulées printanières nous enjoignent d’annuler notre partage de parole, nos brochures, tout comme notre public, étant incommodés par la pluie. Nous trouvons donc refuge dans les locaux du CRAS, à l’origine notamment de Golfech, le nucléaire, implantations et résistances que nous avait procuré nos soutiens agenais. Au milieu de détournement soixante-huitards et de fonds sur les luttes sociales, nous avons discuté de l’avenir de la lutte anti-nucléaire et du rôle complexe mais essentiel des archives. Si d’aucuns considéreront peut-être que la démarche de ce groupe est complémentaire de celle de ses « homologues atomiques » des archives d’EDF au laboratoire Bure-Saudron ou de celles d’Areva-Orano à Houdelaincourt, le fait est que l’accueil et les échanges ont été plus sympathiques à Toulouse que sur les sites meusiens.

Au fil des discussions, nous apprendrons l’existence d’un « piquet anti-Linky ». Rendez-vous est donc pris pour ce jeudi midi au pied d’une barre d’immeuble du quartier des Sept-Deniers. On y discutera autour de crêpes (le ciment des luttes) de l’opposition en de nombreux endroits, souvent menée par des primo-militants, à l’installation de ces compteurs communicants. De nombreuses personnes, de tous âges et de tous horizons, viendront échanger de manière conviviale autour de cette problématique, en discutant de réseaux énergétiques centralisés, d’impacts sur la santé des nouvelles technologies, d’obsolescence programmée, de 5G, de fichage et du Big Data. De quoi enfin redonner espoir aux militants « anti-tech » désabusés ?

Après une après-midi cuisine, le repas est prêt à accompagner la soirée projection en centre ville. Le film, Bons Baisers de Moruroa, ne sera pas évident à digérer : le mensonge d’État, le racisme post-colonial et les images de lagons paradisiaques et de ski-nautique synonymes de contaminations sur des générations marquèrent les esprits et furent suivies d’échanges pertinents.

C’est enfin après un dernier surgissement d’hospitalité nocturne que nous laisserons derrière nous Toulouse et ses boulevards illuminés pour nous diriger vers les coteaux du Tarn.

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