Nous commençons l’étape bordelaise par une halte non loin de Blaye dans un coin de nature un peu féerique, tout comme notre hôte, collectionneur de silex et autres cailloux magiques.

Retrouver la campagne nous fait du bien, surtout sous un soleil magnifique. Une table nous tend ses plats dans le jardin : premier repas dehors cette année à la saveur d’une salade forestière qui réjouit nos papilles.

Puis nous nous dirigeons vers la Citadelle de Blaye en passant devant les omniprésents cépages bordelais dans le paysage. A vrai dire, cela ne nous fait pas rêver : des alignements de vignes, toute proches des maisons, des écoles, on devine l’empoisonnement aspergé année après année sur ces terres et ses habitant.es. Il y a quelque chose de glaçant à voir cette répétition figée sur des tuteurs en fer remplaçant ceux en bois.

La citadelle s’élève devant nous, magnifique du haut de son histoire, dominant l’estuaire de la Gironde qui s’agite à ses pieds au grè des marées : point de vue panoramique, c’est beau, c’est prenant.

Alors on tourne la tête au loin vers le Nord et là, s’impose une silhouette blanche et massive : la centrale du Blayais.

On écoute son histoire de la bouche de notre guide, amoureux de cette terre et de ce fleuve qu’il parcourt habituellement en kayak. Ce récit nous plonge dans une prise de conscience glaçante elle aussi : résonne encore dans nos esprits le film « Le couvercle du soleil » projeté lors de l’étape de Poitiers. Le parallèle entre Fukushima et cette centrale est éclatant d’évidence, une gémellité effrayante.

Le lendemain, après une séance de yoga avec notre hôte, la pluie et le vent nous font annuler notre partage de paroles prévu en haut de la citadelle. Nous préférons nous réfugier dans nos racines lointaine et visiter la grotte de Pair-Non-Pair.

Debout, nous contemplons les gravures de ces humains artistes d’il y a 30 000 ans qui ont pris la peine de nous laisser un message à travers ces animaux immortalisés dans la roche : qu’ont-ils voulu nous dire ? Est-ce seulement un don pour nous pour nous leurs enfants dans des milliers d’années ? La gorge se noue, la question se met à tourner en boucle dans nos pensées : et nous que laissons-nous à nos enfants dans des dizaines de milliers d’années, à nos enfants de demain et même…à nos enfants de maintenant ?

Figées les vignes, figées la citadelle et la centrale, figées les gravures des premiers homo sapiens.

Nous bougeons vers Bordeaux. Repas chaleureux et rieur avec nos hôtes de Tchernoblaye : on se raconte nos luttes antinucléaires, et pas que.

Partage de paroles avant la projection du film d’Isabelle, sa réalisatrice qui a embarqué dans l’Atomik Tour pour toute cette étape : devant l’original cinéma et son café installés dans une ancienne église, nous posons notre fameuse question avec une bonne équipe de militant.es locaux . Plus de 60 réponses collectées, entre légères averses et éclaircies, le peuple des rues bordelaises n’aiment guère la France nucléaire.

La salle se remplit, puis plonge dans les questionnements profonds sur la mémoire, nos mémoires face à l’histoire de la Grande Guerre et celle que nous écrivons avec la lutte à Bure contre la poubelle nucléaire.

Le lendemain, nous terminons par une réunion, organisée par Tchernoblaye et Greenpeace Bordeaux , avec une vingtaine de militant.es locaux de différentes associations mais aussi des personnes indépendantes, quelques nouvelles têtes, tous.tes venu.es pour faire le point sur notre histoire militante, l’actualité de nos luttes communes et de leurs perspectives de convergence : après de riches échanges, la création d’un comité de soutien à Bure et contre les GPII est évoquée et sera le motif de la prochaine rencontre.

Une fois n’est pas coutume, nous publions cet article avant de quitter notre petite famille d’accueil dont il nous semble que nous partageons tant le même ADN 😉

Merci pour toutes ces énergies positives, cette simplicité fluide et à Tchernoblaye d’avoir organisé cette si belle étape !

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